Rouler à vélo l'hiver dans les Pyrénées : s'habiller, s'éclairer, choisir sa route
Les géants ferment, mais la saison ne s'arrête pas : les cols du piémont restent ouverts presque tout l'hiver, les routes sont vides et la lumière rasante de décembre vaut bien celle de juillet. Ce qui change, c'est la marge d'erreur. Trois choses comptent : rester au chaud sans tremper, être vu, et savoir où rouler.
S'habiller : trois couches, pas une de plus
Le piège de l'hiver n'est pas le froid, c'est la transpiration : on monte en sueur, on redescend trempé,
et c'est là qu'on gèle. Le système qui marche tient en trois couches :
- Contre la peau : un sous-vêtement technique (synthétique ou mérinos), jamais de coton, qui garde l'humidité et refroidit dès qu'on s'arrête ;
- Au milieu : un maillot manches longues thermique, l'isolant ;
- Dehors : une veste coupe-vent (softshell quand il fait vraiment froid), qui arrête le vent sans transformer le torse en sauna.
La règle simple : avoir un peu froid les dix premières minutes. Si tu es bien au chaud en sortant de chez toi, tu auras trop chaud au pied du premier col.
Les extrémités, là où l'hiver se joue
Le torse se réchauffe tout seul en pédalant, les mains et les pieds non. C'est par eux qu'une sortie devient un calvaire :
- Gants : des gants d'hiver coupe-vent, et une paire de gants fins dans la poche pour la montée, où les gros gants font transpirer ;
- Pieds : des couvre-chaussures (néoprène sous 8-10 °C) et des chaussettes en laine pas trop serrées : une chaussure qui comprime le pied coupe la circulation et refroidit plus vite ;
- Tête et cou : un sous-casque ou un bandeau pour les oreilles, et un tour de cou qu'on remonte sur le nez dans la descente.
Quelle tenue pour quelle température ?
- Au-dessus de 15 °C : tenue d'été, manchettes et gilet dans la poche pour la descente ;
- De 10 à 15 °C : maillot manches longues, corsaire ou jambières, gilet coupe-vent ;
- De 5 à 10 °C : les trois couches, collant long, gants longs, couvre-chaussures ;
- De 0 à 5 °C : softshell, gants d'hiver, sous-casque, tour de cou, et une sortie plus courte ;
- Sous 0 °C : le verglas devient la vraie question, bien avant le froid (voir plus bas).
Ces seuils valent au point le plus haut de la sortie, pas devant ta porte : l'air perd environ
0,6 °C tous les 100 m, donc un sommet 800 m au-dessus de la vallée y est souvent 5 °C plus froid. La météo
du sommet est sur chaque fiche col.
La descente : le vrai froid
En montée, tu produis de la chaleur ; en descente, tu n'en produis plus et le vent te l'arrache. À 5 °C, descendre à 50 km/h, c'est l'effet d'un air autour de -1 °C sur la peau. Avant de basculer : ferme la veste, enfile les gros gants, remonte le tour de cou, et si tu as transpiré, change de couche au sommet (un maillot sec dans la poche arrière, c'est 150 g qui changent tout). Descends plus doucement qu'en été : les doigts engourdis freinent moins bien.
L'éclairage : ce que dit la loi
Dès que la nuit tombe ou que la visibilité baisse (brouillard, pluie, tunnel), le code de la route impose sur un vélo :
- un feu avant blanc ou jaune et un feu arrière rouge ;
- des catadioptres : rouge à l'arrière, blanc à l'avant, orange sur les roues et sur les pédales ;
- hors agglomération, un gilet rétroréfléchissant (le gilet jaune) porté par le cycliste.
Et un casque bien sûr, même si la loi ne l'impose qu'aux moins de 12 ans.
L'éclairage : ce qui te protège vraiment
La loi fixe le minimum. Pour rouler l'hiver, mieux vaut viser plus :
- Allume ton feu arrière toute la journée, en mode clignotant : sous un ciel bas d'hiver, un cycliste sans lumière disparaît dans le décor, et c'est de jour qu'il y a le plus de voitures ;
- Un vrai phare avant si tu risques de rentrer à la nuit : un feu « pour être vu » ne suffit pas à voir les gravillons dans une descente. Compte au moins 400 lumens, réglé assez bas pour ne pas éblouir ;
- Vérifie l'autonomie : le froid vide les batteries bien plus vite qu'annoncé. Recharge avant chaque sortie, et garde une petite lampe de secours ;
- Ce qui bouge se voit : des bandes réfléchissantes aux chevilles ou sur les couvre-chaussures se repèrent bien mieux de loin qu'un dossard immobile.
Et regarde l'heure du coucher du soleil : vers 17 h 30 à Pau en décembre. Une crevaison à 16 h 30 au sommet d'un col, et tu redescends à la nuit.
Verglas, sel et gravillons
Le danger numéro un de l'hiver, c'est la plaque de verglas qu'on ne voit pas :
- Les zones d'ombre : versants nord, sous-bois, sortie de virage à l'ombre d'un rocher. Une route sèche au soleil peut être gelée dix mètres plus loin ;
- Les ruissellements : l'eau qui traverse la route l'après-midi regèle dès que le soleil passe derrière la crête ;
- Le matin : après une nuit sous 0 °C, attends que la route ait pris le soleil. Partir à 11 h plutôt qu'à 8 h, c'est souvent 5 °C de plus et zéro verglas ;
- Le sel et les gravillons du déneigement restent dans les virages : freine avant, en ligne droite, et rince le vélo au retour (le sel attaque chaîne et cassette).
Côté matériel : des pneus de 28 à 32 mm un peu moins gonflés que l'été accrochent mieux sur une route froide et humide, et des garde-boue t'épargnent le jet d'eau glacée dans le dos.
Où rouler en hiver ?
Les grands cols sont fermés de novembre à mai, et une route fermée l'est pour de bon : neige, chutes de pierres et avalanches, même quand le bas paraît sec. Restent les cols du piémont, ouverts presque toute l'année :
- Pays basque : Saint-Ignace, Ibardin, Osquich, Ispéguy, avec la douceur de l'océan ;
- Béarn : Ichère et Porteigt en vallée d'Aspe et d'Ossau ;
- Bigorre et Comminges : Coupe, Palomières, les Ares ;
- Ariège et Catalogne : Marrous au-dessus de Foix, Força Real, souvent au soleil quand tout le reste est gris.
Avant de partir, regarde l'état de la route sur la fiche du col et les « Dernières infos route » de la
carte : les inforoutes y signalent fermetures et routes enneigées. Et si le
calendrier du déneigement te démange déjà, c'est bon
signe : le printemps se prépare l'hiver.
Manger et boire, même sans soif
Le froid coupe la soif, pas les besoins : on perd autant d'eau qu'en été, par la respiration et sous les couches. Bois toutes les 20 minutes, et pense au thermos de thé chaud dans le porte-bidon. Le corps brûle aussi plus d'énergie à se réchauffer : mange régulièrement, avant d'avoir faim. Et garde de quoi réparer : changer une chambre à air avec des doigts gelés prend deux fois plus de temps, raison de plus pour partir tôt et rentrer avant la nuit.